UN GAMIN DE SAINT PARRES

Publié le par Christian Lambart


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Saint-Parres aux Tertres est la première commune de France à avoir eu un chien communal.   Une délibération municipale fut prise avec un budget. En ce temps, ce fut la notoriété d’une grande émission de télévision et les fonds affluèrent de la France entière. Tous les enfants le connaissaient. Aujourd’hui, devenus grands, ils en parlent avec la larme à l’œil. Gérard Pernelle avait composé un poème et m’autorise le mettre en ligne. Celui-ci retrace l’émotion de la commune et une partie de sa mémoire.  Une stèle rappelle ces moments de souvenirs partagés.

 

Du froid matinal il est arrivé,

Le maire venait de le croiser,

Ils s’étaient alors regardés,

On ignore leurs amabilités.

 

Le chien aussitôt l’a suivi,

Installé en un coin de chaleur,

L’entretien s’est poursuivi,

Il allait vivre un petit bonheur.

 

Un reste d’existence de chien,

Sans fiche de paie à déclarer,

Comme ses amis cantonniers,

Gîte et le couvert à volonté.

 

On lui confia la ronde de nuit,

Gardien de locaux communaux,

Chien municipal adopté aussitôt,

Par les dormeurs vers minuit.

 

Recevrait soins et sécurité,

Contrat durée indéterminée,

Agence pressée sur les lieux,

Le vingt heures aux curieux.

 

Il fit la tournée du village,

Travailla au flair et d’emblée,

Sans stage ni formation serrée,

Donnant sa patte aux employés.

 

En fils de famille choyée,

Méritant sa soupe du soir,

Chaque matin son courrier,

Expédiée du monde entier.

 

Après les émissions télévisions,

De chèques ou de provisions,

A la régie municipale créée,

La nouvelle traversa la contrée.

 

Quelque chose de surnaturel,

Remonta l’histoire banale,

D’une conscience universelle,

Prenat place aux annales.

 

Gamin on l’appela.

 

Il reçût sa plaque municipale,

Vinrent de loin des retraités,

Millions d’amis le visiter,

En bus ou encore à cheval.

 

Il se mit à comprendre alors,

Ce que les gens ignorent,

Ces administrés enchantés,

D’un os à moelle à sa portée.

 

Afin de toucher leur cœur,

Il accepta vite ces offrandes,

Pouvoir attiser à toute heure,

Les voir de bonne humeur.

 

Les chiens ne sont pas bêtes,

Il comprit la joie de donner,

Fit semblant d’être affamé,

De tout ce qu’on lui tendait.

 

Souria à tout et à tous,

Remua plus fort la queue,

Et l’on vint de tout lieu,

Voir et le toucher heureux.

 

Les enfants le caressaient,

Lui rappelant les siens,

Aux sorties des écoles,

Espérant les retrouver.

 

Gamin, on l’appela.

 

Il troubla l’affection publique,

Le maire ne lui fit réplique,

L’on desserra son collier,

De plusieurs crans par paliers.

 

Ce qu’il dut avaler en vitesse,

A le traiter tel un roi chien,

Par les administrés étonnés,

De leur propre gentillesse.

 

Il ne voulait vexer personne,

Devenu lien entre les hommes,

Au service social par le maire,

Se mit à grossir chien prospère.

 

Les donateurs au pas de porte,

Jour après jour l’air accorte,

Se sentirent moins égoïstes,

Guettant le chien à sa tournée.

 

Celle d’un facteur de bonheur,

Ce sacré beau-fils adoptif,

Allait tout droit au sacrifice,

Gamin pas chien de donner.

 

Du bonheur aux humains,

Sans avoir beaucoup reçu,

Donner c’est un peu recevoir,

Après tout par un chien.

 

Parti un début d’après midi,

Délaissant rare son service,

Après sa ronde d’office,

Il s’est d’abord allongé.

 

Au pied d’un grand arbre,

Dans un vaste parc vert,

Un trop-plein de bonheur,

S’est surpris à rêver.

 

A toute la terre s’il pouvait,

S’est endormi un instant,

Sous la tâche sans doute,

Et ne s’est plus réveillé.

 

Il était parti mourir au pied,

D’un grand arbre si près,

S’étant d’abord allongé,

Sous une stèle couleur pastel.

 

Que la commune a érigée,

Souvenir d’un chien donneur,

De petits bonheurs partagés,

Devant l’école vous la verrez.

 

Visitée de piétons fatigués,

Tout au plus un peu intrigués,

Cela rien que pour un chien,

On commence par un chien.

 

Ensuite on évolue à l’homme,

Et si la montée vous assomme,

C’est qu’on ne veut pas changer,

Préférant les larmes de la vallée.

 

Dans sa tombe une bouteille,

Afin de plus tard renseigner,

Devant un squelette animal,

Couché paisible sous la stèle.

 

A sa mémoire le parchemin,

Un chien ayant fait son chemin,

Depuis son maître l’a rejoint,

Deux gamins de rencontre.

 

Dont l’un aimait aussi,

Les chiens errant dans sa vie,

Qui passent dans les nôtres,

Sans qu’on ne les oublie.

 

Gamin, on l’appela en vain.

 

Que jamais on ne les oublie.

 

Moi le chien j’avais tout tenté,

La tâche était trop grande,

A chacun de poursuivre,

Mais la route sera longue.

 

Une part à chacun,

De la part de l’autre,

Et le monde sourira,

Sans la peur des bombes.

 

Les chiens sont ainsi faits,

Qui respectent le monde,

Malgré les coups de pieds,

Reçus en vue de protéger.

 

Ceux qui les donnent à satiété,

Afin d’oublier leurs vérités,

Les angoisses et les lâchetés,

L’aversion à vivre en société.


Gérard Pernelle



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Publié dans Regards

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