1918. Dernières batailles, nouveaux visages de la guerre

Publié le par Christian Lambart

 Début 1918, les belligérants sont dans un état d’épuisement élevé.

La France de Clemenceau se relève de la crise de 1917 au prix d’une dictature de salut public. • Sur le plan politique… Clemenceau. Au pouvoir depuis novembre 1917, Clemenceau (1841-1929) triomphe d’une crise parlementaire majeure qui lui a permis de se débarrasser de ses concurrents. Ainsi disparaissent de la scène politique Painlevé , Briand, Viviani, Doumer. Seul le président de la République R. Poincaré maintient un certain équilibre constitutionnel. Plusieurs hommes politiques accusés de défaitistes et de pacifistes sont rejetés voir mis en état d’arrestation. Les cas de Malvy et de Joseph Caillaux sont significatifs. Ce dernier est arrêté le 14 juillet 1918 et sera jugé en … février 1920.
• Sur le plan économique…l’aide américaine. On assiste à une véritable réorganisation économique du pays. Le 15 février, le président du Conseil obtient le droit de légiférer par décret. Ce qui permet d’accélérer les prises de décision. Il résout le dilemme « beurre ou canon » en donnant clairement la priorité aux industries de guerre. Il impose à la population les jours sans viande et l’interdiction des pâtisseries et des biscuiteries. Il bénéficie également de l’aide américaine. De fait la France ne peut plus engager d’emprunt sans risquer la catastrophe. La dette est déjà abyssale. En 1917, on compte environ 800 millions de dollars dont 400 millions de découvert à la banque de New York. La France plafonne à 3252 millions de Francs. Dès avril 1917, le Trésor Fédéral américain consent un prêt immédiat de 3 milliards de dollars au pays de l’entente et 2 à échéance. Les prêts sont assortis d’engagement à acheter aux Etats-Unis, mais aussi à soutenir le Franc qui risquait l’effondrement.

 Sur la gestion économique de la guerre, les Etats-Unis montrent également l’exemple. Le Président Wilson obtient le droit de réquisition et impose le système de l’acheteur unique. Ainsi le 10 février 1918, le gouvernement français, sous l’impulsion du ministre du commerce Clémentel, obtient la possibilité de : « réglementer ou suspendre, en vue d’assurer le ravitaillement national, la production, la circulation, la vente, la mise en vente, la détention ou la consommation des denrées servant à l’alimentation de l’homme et des animaux ». L’Etat devient l’incitateur de la vie économique.

• Sur le plan militaire… Pétain. L’armée se réorganise aussi sous l’impulsion du Chef de cabinet militaire de Clemenceau, le général Mordacq (surnommé l’Ours). Georges Clemenceau va le chercher au PC de la 24ème DI à Romigny le 2 novembre 1917. Cependant, après la crise de 1917, on admet, avec Pétain, l’impossibilité de rompre et d’exploiter. Il est vrai que le souci des effectifs n’autorise que des offensives tactiques à but limité. C’est la tactique des « Feux follets d’offensives » avec utilisation maximale du matériel. Dès que l’ennemi réagit, on arrête. On impose également la défense en profondeur ou l’on met le moins d’homme possible en 1ère ligne quitte à compenser par le matériel. Pétain est désignée à la tête de l'armée française le 29 avril 1917 comme chef d'état-major général et ne devient général en chef que le 10 mai 1917. Très vite, il prend des mesures visant à améliorer le quotidien des soldats :
permissions plus régulières, meilleurs approvisionnements, meilleure alimentation des troupes, arrêt des offensives coûteuses. Il limite la répression qui avait suivi les mutineries du printemps. Il visite les cantonnements, les régiments et s'entretient avec les cadres subalternes comme avec les hommes de troupe. Sur le plan militaire, il pose les fondements d'une nouvelle doctrine. Les moyens doivent être aux missions. L''artillerie et les nouvelles armes (chars, avions, etc.) doivent être privilégiées. L'objectif premier est d'économiser les vies des fantassins. Sur le plan stratégique, Pétain prône la prudence. Il résume sa position par la célèbre formule : "J'attends les chars et les Américains".

L’Allemagne sursaute.

• La recherche de la « Siegfrieden ».

Pour les militaires, c’est l’échec la paix victorieuse (Siegfrieden) de 1916, cependant ils n’abandonnent pas cette politique. Les oppositions grandissent dans le pays. Depuis 1916, les Spartakistes (socialistes révolutionnaires) combattent ouvertement la politique de guerre. Le 1er mai 1916, ils lancent un appel à la population: « … Jusqu’à quand accepterez-vous de supporter en silence le massacre criminel des hommes, la misère et la faim ? … Les riches peuvent continuer la guerre longtemps encore. … à l’occasion du massacre ils renforcent leur domination politique, grâce au suicide de la classe ouvrière. … La trahison contre le socialisme, … a précipité les peuples dans la destruction de la guerre mondiale. Seul le retour à l’évangile du socialisme libérateur des peuples, à l’internationalisme prolétarien peut sauver de l’abîme les peuples, la civilisation, la cause des travailleurs. » . Puis en 1917, c’est la création de l’USPD . Elle s’oppose fondamentalement au système de gouvernement régnant, à la politique de guerre et à la politique de la SPD qui prend la tournure du gouvernement du régime. En juillet 1917, une crise politique conduit à la Démission du chancelier et à la formation d’une majorité parlementaire visant la paix de compromis. Pourtant à l’aide de la Vaterlandspartei, les militaires s’imposent et érigent la « dictature du Grand Quartier Général ».A cette époque, la situation est favorable pour les Allemands.

• Entre l’Est et l’Ouest. L’armée allemande est libérée du front russe. La Roumanie vient de s’effondre et signe un armistice avec l’Allemagne le 9 décembre 1917. En contre partie, elle reçoit la Bessarabie au détriment de la Russie. Le 15 décembre 1917 et le 3 mars 1918, l’armistice et le traité de Brest-Litovsk débarrassent l’Empire Allemand du front russe. L’état-major peut rapatrier ses divisions à l’Ouest. Le choix n’était pas inéluctable. Le général Max Hoffmann et Richard Von Kühlmann avaient proposé d’achever de fortifier le front occidental et d’organiser l’Europe orientale. Mais le choix fut de forcer la décision avant l’arrivée des américains. Le rapatriement se fait dans des conditions difficiles. L’armée est épuisée et mal nourrie. L’Allemagne venant de perdre la guerre sous marine n’est pas dans une position favorable. Forcer le destin à l’Ouest ne peut que lui apporter une paix de garantie. Il y a incontestablement une erreur d’interprétation.

Les armées en 1918.

Il ne s’agit plus des armées de 1914. Les soldats se sont considérablement professionnalisés. La plupart des combattants de tous grades ont acquis une endurance et un savoir faire redoutable, sans oublier une accoutumance à la violence. Beumelburg raconte, en parlant du soldat allemand :
« C’est un être singulier, silencieux, qui supporte durant des jours les bombardements avec tous les symptômes extérieurs de l’indifférence »
ou encore
« Le soldat, c’est maintenant une somme d’expérience et d’instincts, un spécialiste du champ de bataille ; il connaît tout : son oreille contrôle instinctivement tous les bruits, son nez toutes les odeurs, celle du chlore, des gaz, de la poudre, des cadavres, et toutes les nuances qui les séparent »

Le matériel et le moteur dominent. Les armées de 1918 ne sont plus celles de 1914. Sur le plan de l’organisation et de l’armement, elles évoluent d’une manière semblable dans les Deux camps. La seule différence se situe dans le fait que les réorganisations, tiennent compte de l’arrivée des américains et des effectifs disponibles. Or les allemands doivent devancer tandis que les alliées sont dans une stratégie d’attente. Pour le reste, l’unité de base reste la division d’infanterie, la cavalerie n’est plus que résiduelle.

Au-delà de la réorganisation tactique, les armées entrent dans l’ère de l’artillerie. Les Allemands ont intensifié leur puissance de feu. Au total, les Allemands disposent de 11200 pièces de campagnes et 7900 canons lourds contre respectivement 8760 et 7100 pour les alliés. L’artillerie alliée est essentiellement française. Il existe une réserve générale de l’artillerie distincte des corps créée sous l’impulsion des généraux Nivelle et Buat qui dispose de 5000 canons sur 8760 et 5550 lourds sur 7100 alliés. Les artilleurs passent de 16% à 27% des effectifs alliés et en 1918, les réserves d’obus sont de 35 millions d’obus. Les armes nouvelles

• Les Tanks. Contrairement aux Allemands, les alliés misent sur les Tanks. Après un échec au chemin des Dames en avril 1917, la deuxième tentative de la Malmaison en octobre est couronnée de succès. La réussite du Char tient à la doctrine d’utilisation de l’Anglais Swinton qui souhaitait les utiliser en action rapide et profonde. Or après les échecs, l’état major allié suit les recommandations du Général Etienne, soutenu par Pétain, pour utiliser le char dans l’accompagnement de l’infanterie et sous la protection de l’Artillerie et de l’aviation. Ainsi, au début 1918, les alliés alignent près de 3000 chars et les utilisent sur des objectifs précis.

• Les gaz. La nouvelle guerre, c’est aussi l’utilisation des gaz. Plusieurs noms sont utilisés : le gaz moutarde, la croix jaune. En fait, il s’agit du sulfure d’éthylène dichloré dont l’utilisation n’est pas systématiquement mortelle, mais qui peut immobiliser des troupes et rendre une zone impraticable. Les deux camps utilisent cette arme redoutable. A titre indicatif, la poudrerie d’Angoulême produit environ 6 tonnes par jour de Gaz ypérite.

• L’avion. L’aviation va également devenir une composante essentielle des armées, voir une arme essentielle. En 1914, les Français, les Anglais et les Belges disposaient respectivement de 150, 110 et 50 appareils. Au début de 1918, c’est 3500, 2000 et 200 appareils. Les Allemands disposent quant à eux, de 3000 avions de combat. Les missions ont évolué. Elles passent du renseignement à des actions de soutien à l’infanterie (mitraillage), réglage de tir pour l’artillerie, des bombardements. La chasse fait son apparition avec la volonté de la maîtrise du ciel. Sa présence a également un effet moral dans le sens où elle rassure les combattants au sol. L’arme devient progressivement autonome. Les Allemands sont les premiers à mettre en place 8 escadres de 27 escadrilles de 6 avions. Les Anglais tâtonnent et créent plusieurs structures à savoir « Independant Air Force », puis « Royal Flying Air Force, la « Royal Navy Air Service » pour enfin créer la « Royal Air Force », le 29 novembre 1917. Les Français, quant à eux, organisent, sous l’impulsion du colonel puis général Duval, la division aérienne . L’origine de ce corps se situe dans la création des escadrilles de combats (10 à 18 appareils) agissant par 3 ou 4 dans le combat. Progressivement se mettent en place les escadres spécialisées dans la chasse ou le bombardement. Une escadre de chasse comprend entre 180 et 210 appareils soit 2000 hommes, une escadre de bombardement, c’est 135 avions soit 1700 hommes. L’évolution conduira à la création des groupements de combat composés de deux escadres : une de chasse et une de bombardement. Au terme de cette évolution, la division aérienne prendra naissance et se composera de 2 brigades mixtes. A tout ceci, il faudra ajouter 5 groupes de chasses autonomes, une réserve générale et les moyens de chaque armée. A la signature de l’armistice, l’aviation française est forte de 90000 hommes et déploie 3737 avions en première ligne répartis en 288 escadrilles. Sur le front, c’est 3427 appareils pour 258 escadrilles sans compter une réserve de 3000 avions et autant dans les dépôts et les écoles. Au total l’aviation française déploie 12000 appareils .

• La marine. Sur mer, les évolutions sont essentiellement britanniques et doivent beaucoup à la guerre sous marine à outrance, que les Allemands ont lancée. La protection des convois est essentielle. L’enjeu étant vital pour tous les alliés, un état-major naval interallié est constitué sous la présidence du 1er Lord de l’Amirauté Sir Eric Geddes . Les alliés mettent en place la tactique des convois protégés qui permettront à l’armée américaine d’arriver en France. De juillet 1917 à octobre 1918 près de 8194 navires et 43 millions de tonneaux arriveront en France. La marine allemande tentera de maintenir une activité durant l’année 1918. Le choix de la guerre sous marine réussit à déstabiliser les alliés jusqu’à la mise en place des convois protégés. Les derniers combats

L’assaut allemand.

Le 11 novembre 1917, à Mons Ludendorff, après avoir consulté tous les chefs d’armée, réunit les principaux généraux de l’armée allemande, à savoir Von Rupprecht , Von Kuhl, Van der Schulenburg. Il s’agit de définir la stratégie finale et surtout de profiter de la supériorité numérique temporaire issue de l’arrivée des troupes du front de l’Est. L’idée initiale est la conquête de la mer en direction d’Hazebrouck (projet « Saint-Georges »). Mais des raisons atmosphériques encouragent Ludendorff à tenter de séparer Français et d’enrouler les Anglais en direction de Saint Quentin. C’est l’opération Michel, le 20 mars. L’attaque « Saint-Georges » est complémentaire pour mettre les Anglais hors jeu et s’ouvrir la route vers la mer. En fait, il n’y a rien de vraiment original. La stratégie reste classique. Il s’agit de séparer les alliés en s’ouvrant la route vers les littoraux. Par contre la tactique de combat est nouvelle. Au lieu d’attaque massive à objectif, Ludendorff a créé des groupements d’assaut de toutes armes, chargés de lancer des opérations lointaines sans s’occuper de leurs arrières, des flancs. Le reste de l’armée doit achever le reste en cas de réussite. La décision se fait au niveau de la division voir du bataillon et l’opération massive est lancée en fonction de la réussite des groupements d’assaut. Les Chefs d’armée se contentent de ravitailler, de renforcer et de soutenir. Par contre les Allemands mettent en moyenne un canon tous les 10 mètres. L’attaque a lieu le 21 mars. Les IIe (Von der Marvitz), XVIIe (Von Below), XVIIIe (Von Hutier) armées, sous le commandement de Rupprecht, soit 68 divisions d’Infanterie, 6300 canons et 1000 avions, se lancent sur les Anglais en stabilisant les Français sur leur position. Les Anglais (IIIe armée de Byng et Ve armée de Gough) renforcés par une réserve française résistent assez bien. Cependant les Allemands franchissent la Somme et Bapaume. Pétain ne veut pas dégarnir le front de Champagne pour soutenir les Anglais. Très rapidement les Anglais se replient sur la mer et les Français protègent Paris. Une brèche de 20 kilomètres s’ouvre devant les Allemands. C’est à ce moment que Foch alerte Clemenceau. Celui-ci, en accord avec Lloyd George, convoque les Chefs militaires à Doullens, le 26 mars. Foch reçoit le commandement unique de fait. A partir de ce moment, le front est considéré comme une seule et même bataille et le centre devient Amiens.

• Le tout pour le tout A ce moment, Ludendorff aurait pu concentrer ses efforts sur Amiens et séparer définitivement les alliés. Mais il décide de maintenir le plan prévu. Il joue « le tout pour le tout ». Plusieurs événements se succèdent. Lassigny, Montdidier sont dépassés. Cependant les Français s’accrochent et résistent à Albert (somme). La découverte et le pillage des magasins de vivre français par les Allemands font perdre du temps à l’offensive allemande. Le 29 mars ?Foch a reconstitué un nouveau front entre la Somme et l’Oise et fait appel à des réserves en arrière de Beauvais. Le 5 avril, les Allemands arrêtent les opérations. Du 9 avril au 1er mai, les Allemands lancent l’opération « Georgette » (diminutif de l’opération Saint-Georges). Ils réunissent 36 divisions et même des chars britanniques récupérés. Le but est de se débarrasser des Anglais et de faire tomber les lignes entre Ypres, Calais et Dunkerque afin de rompre les communications alliées. On utilise le même dispositif que le 21 mars. Ils progressent de 10 Km mais sont ralentis dans leur marche par la pluie. Le 11, la débâcle anglaise est tellement avancée que Guillaume II vient en personne à Armentières. Foch, qui est officiellement généralissime, donne l’ordre d’engager les réserve et d’inonder un certain nombre de régions. Le 18 avril, les Allemands attaquent Mont Kemmel, Ypres, Bailleul, tandis qu’en Picardie est lancée une autre attaque allemande. La réussite des Allemands est partielle. Ils sont à 16 Km d’Amiens, 10 d’Hazebrouck, 70 d’Abbeville et 80 de Paris. Cependant les alliés ont résisté et les Allemands doivent faire appel à la classe 1919. Les Allemands ont encore des chances. Les Américains ne représentent que 4 divisions constituées. Plusieurs attaques sous marines avaient été lancées autour de Zeebrugge. Surtout le 17 avril, le Komprinz décide d’une nouvelle opération avec les Ie et VIIe armées sur le Chemin des Dames. L’attaque a lieu le 27 mai avec 33 divisions. Le but est de solidifier l’offensive en direction de Compiègne. L’attaque est déclenchée à 3h40 du matin. Face à eux, il ya 8 divisions françaises et 3 anglaises et 7 en réserve, cependant, il s’agit de troupes fatiguées. Les Français ne peuvent réagir que par des attaques aériennes massives (groupement Féquant et Ménard). Les Allemands sont surpris par leur propre succès. Le 30, la Marne est atteinte. Ils occupent Dormans, Château-Thierry, mais la Xe armée française du général Micheler résiste dans la forêt de Villers-Cotterêts et épuise l’armée allemande. Le 9 juin, Hutier lance une attaque en direction de Compiègne mais est stoppé par la IIIe armée française. Le 10, Mangin contre attaque avec 5 groupes de Chars soutenus par de l’aviation. L’opération d’une violence inouïe surprend les Allemands. Le 12, les Allemands tentent de relancer le combat mais le couple « infanterie- chars » fait des merveilles et du 12 au 28, toutes les attaques allemandes sont contrées. L’armée allemande n’est pas parvenue à briser le front allié. Les pertes sont lourdes mais le front résiste et se réorganise. L’armée allemande est allée au bout des ses forces sans parvenir à un succès décisif. La situation en juin 1918 est surprenante. Les Français ont conservé le moral alors que les Allemands sont à 70 km de Paris. Les Américains sont de plus en plus présents et renforcent les divisions françaises. Les Allemands ne sont pas inquiets, le 15 juin Guillaume II fête son 30ème anniversaire de règne, le jeu oriental est plus que favorable de la Finlande au Caucase. Ils réaffirment leur but de guerre à Spa le 2 et 3 juillet. Ils revendiquent la Pologne, les bassins de Longwy et de Briey et veulent un protectorat sur la Belgique, le Luxembourg. Le 15 juillet, entre 4H35 et 5H30 du matin, 39 divisions allemandes s’engagent pour une ultime offensive en Champagne. Après un début difficile, du aux gaz qui reviennent sur eux, ils avancent de 5 kilomètres, mais l’artillerie et l’aviation française les contiennent. Ludendorff arrête l’offensive pour intensifier l’effort dans les Flandres. Le 18 juillet, tout change car Foch lance une première attaque sur Château-Thierry.

• La victoire de Foch. Foch bénéficie de l’armée réorganisée par Pétain et de grande réserve de matériel. Il dispose de subordonnés efficaces et obéissants tel Pétain, Haig, Pershing . Clemenceau et Lloyd George le soutiennent. Le 18 juillet, un déluge de feu s’abat sur les lignes allemandes entre Aisne et Marne. L’attaque française était préparée depuis le mois de Juin. Les buts des Français étaient de reprendre l’initiative et surtout d’interdire à l’ennemi toute reprise. Les alliés disposent de meilleurs approvisionnements et surtout de la supériorité numérique grâce à l’arrivée des américains. Au nord, entre l’Aisne et l’Ourcq, 18 divisions (dont 3 américaines), 2000 canons, 345 chars et 5 avions (Xe armée Mangin) et au sud, entre Ourcq et Marne 9 divisions, 1000 canons, 147 chars et 350 avions (VIe armée Degoutte) déstabilisent les avancées allemandes. La réussite est totale. Les Français avancent de 10 km. Les Allemands évacuent Dormans et Château-Thierry et tenteront de se stabiliser jusqu’au 25 juillet sur la route de Soissons à Château-Thierry. A partir du 1er août, Mangin relance l’offensive. Il libère Soissons à 18h30. Le 4 août des attaques sont menées sur l’Aisne et la Vesle. Le 6 août, Foch est fait Maréchal de France. Ludendorff tente de réorganiser les lignes allemandes, mais il est à cours d’effectif. Il fait appel à la classe 1920 (en France aussi mais en fin d’année) Les alliés disposent de 1 224 997 d’américains opérationnels. Les Etats-Unis ont surpris tout le monde. En effet, le 6 avril 1917, l’armée américaine est restreinte. On compte un total de 309 208 soldats (armée et garde nationale). Au 5 janvier 1918, il y 161 751 hommes en France, mais le 14 septembre au moment où l’armée est opérationnelle, on comptabilise près de 1 536 557 hommes. Le 2 novembre, il y aura près 1 822 239 soldats américains au total. Des unités sont opérationnelles depuis le 16 juillet (1er Corps d’Armée Liggett et Marshall ) et le 10 août est crée la 1er armée américaine, soit 16 divisions équipées de 3000 canons français et de 144 chars français et 50 anglais commandés par le général Pershing. Une armée disposant d’une réserve importante. Aussi, les alliés sont soulagés.
 
Les américains sauvent vraiment les alliés car, comme les Allemands, les effectifs font cruellement défaut.

Le 8 août, Sous le commandement de Haig une offensive Franco britannique est lancée en direction de Montdidier. Vers 4h30 du matin, les 12 divisions britanniques s’engagent sans préparation d’artillerie et avancent sur 18 km, puis à 5h00 du matin, 7 divisions françaises complètent l’assaut. Les Allemands reviennent sur les positions de 1916, mais avec des pertes et surtout des défections importantes. Les soldats se rendent et insultent ceux qui montent au front. Entre 750 000 et 1 million de soldats font défection d’une manière ou d’une autre. Ludendorff comprend qu’il n’a plus les moyens de s’opposer aux alliés. Il l’exprime dans une phrase restée célèbre : « le 8 août est le jour de deuil de l’armée allemande ». Il présente sa démission qui est refusée. A Spa, le 14 août se tient une conférence où les Allemands prennent la mesure du désastre de leurs alliés et d’eux-mêmes. Il est décidé d’attendre le moment favorable pour s’entendre avec l’ennemi. Sur le plan militaire une tactique défensive est adoptée. Les Allemands essaient de se stabiliser sur une ligne fortifiée s’appuyant sur la Somme, le canal du Nord et une ligne Drocourt-Quéant. Cependant les alliés les en empêcheront par une succession d’offensives à court intervalle. Grâce aux troupes américaines, les alliés disposent de la supériorité en effectif. De même, le choix de l’aviation et du char d’assaut fut déterminant. Mais il faut ajouter que l’effondrement de l’ensemble des fronts renforce la position des alliés. Bulgarie 29 septembre Turquie 31 octobre Autriche- Hongrie 3 novembre Les alliées avaient, dès le 12 août, élargi l’offensive. Le 1er (Horne) et IIIème(Byng) armées britanniques marchent sur Bapaume soutenues par les 1er (Debeney), IIIème(Humbert) et Xème (Mangin) armées françaises. Le 26 août, les Allemands sont rejetés. Ils évacuent Ypres, Lys et Béthune dans la nuit du 3 au 4 septembre. Au 8 septembre, il y 150 000 allemands prisonniers et près de 2000 canons et 13000 mitrailleuses perdues. Foch pense que la guerre sera gagnée en 1919, mais devant le désarroi allemand, il veut frapper fort. Le 3 septembre, l’ensemble du dispositif allié se met en action sur l’ensemble du front. Le 1er acte est américain avec l’attaque du aillant de Saint Mihiel avec un luxe de moyen car le 12 septembre, c’est 216 000 américains et 48000 français avec une réserve de 200000 américains ; près de 3000 canons, 270 chars, 1500 avions de toutes nationalités qui sont engagés. L’importance du dispositif stupéfie les Allemands qui évacuent. Ils comprennent qu’une deuxième armée américaine est disponible. Au même moment, les Franco-britanniques attaquent entre Péronne et Chauny. Mangin attaque entre Oise et Aisne. La réussite des alliés est réelle mais les Allemands ne sont pas vaincus. Plusieurs offensives seront nécessaires pour emporter la décision. Fin septembre, trois offensives sont lancées. Le 26, Pétain et les armées franco-américains se lancent sur Reims et la Meuse et avancent de 70 km. L’offensive sera bloquée le 30 dans l’Argonne. Le 27, Les Anglo-français sous le commandement de Haig attaquent Cambrai et Saint-Quentin. L’objectif sera atteint le 7 octobre. Le 28, une armée Anglo-franco-belge sur le commandement du Roi Albert marche en direction de Bruges et Courtrai. L e 20 octobre, les routes de la Belgique s’ouvrent. • La décision. Depuis le 28 septembre, les Allemands tentent d’entrer en contact avec les alliés. Les Allemands sont en crise. Les bataillons sont réduits à 120 hommes et la pénurie alimentaire est réelle. Les pourparlers avec les américains font partie d’une réelle stratégie et ne sont pas le fruit d’un désarroi. Ludendorff avait prévu une défense en profondeur intégrant une levée en masse. La victoire était encore possible en 1919. Les dernières semaines de combat sont marquées par des destructions des zones abandonnées en Belgique et en France. Le 10 octobre, Foch lance une autre attaque. Les alliés rencontrent des problèmes. Car les pertes sont énormes et on manque de chevaux, mais il y a une claire conscience qu’il ne faut pas arrêter. Les efforts sont intensifiés. Au nord, le 15 octobre, Menin, Courtrai, Thouront, Ostende, Zeebrugge, Bruges sont libérés. Le Roi Albert rentre à Gand le 25 octobre. Au Sud, c’est au tour de Solesme, Landrecies. Fin octobre, les Allemands résistent de mieux en mieux. Les américains piétinent. Une ultime poussée est lancée, le 20 octobre. Les Allemands reculent car ils veulent éviter l’encerclement et se rabattent sur une ligne Anvers-Meuse. Ludendorff est remplacé » par Groener . Les alliés préparent une offensive en Lorraine prévue le 14 novembre, sous le commandement de Castelnau. Les Allemands organisent la sortie de guerre. Selon Georges-Henri Soutou, le général Ludendorff avait averti le gouvernement des le 29 septembre. Il invitait le gouvernement à négocier sur les bases des 14 points Wilson et du droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes. Le pays fut surpris car il était encore aux nouvelles des victoires du printemps et des effets de la paix de Brest-Litovsk. « …le deuxième volet de la manœuvre de Ludendorff, le volet international, avait été lancé par le nouveau gouvernement Max de Bade dès le 4 octobre, par la demande d’ouvrir des négociations d’armistice. (On notera que Max de Bade aurait voulu se donner quelques jours de délai, pour mieux préparer la chose sur le plan diplomatique ; mais Ludendorff, perdant quelque peu ses nerfs, exerça une très forte pression pour une demande immédiate, affirmant que le front ne pouvait pas tenir 48 heures de plus). Mais la manœuvre continuait : c’est ainsi que les Allemands ne s’adressèrent pas à l’ensemble des alliés et « associés » (rappelons que les États-Unis n’étaient pas juridiquement liés à la France et à la Grande-Bretagne) mais au seul Wilson. Leur espoir était de conclure l’armistice sur la base des Quatorze Points pour se prémunir contre les objectifs les plus durs de Paris et Londres. Ainsi les territoires incontestablement allemands ne pourraient pas être enlevés au Reich, et son unité ne pourrait pas être remise en cause. En effet, la France souhaitait que le Reich perdît des territoires importants, à l’est comme à l’ouest, voire même que son unité fût détruite. Et Paris et Londres étaient d’accord pour imposer après la guerre à l’Allemagne un régime économique international discriminatoires (droits de douane spécifiques, contrôle de l’approvisionnement en matières premières, limitations de toute nature aux activités des firmes allemandes à l’étranger). Il est clair que le wilsonisme, s’il était opposé aux buts de guerre étendus poursuivis par Berlin jusque-là, pouvait constituer une garantie désormais pour l’Allemagne vaincue : il limiterait ses pertes de territoire, empêcherait sa dislocation et sa sujétion économique . »

Cependant le 11 novembre, les Allemands demandent et obtiennent l’armistice. Il faut rappeler que si les Allemands sont vaincus et que les alliés sont vainqueurs, les deux camps sont dans un état d’épuisement avancé. Au 1er juin 1919, les pertes françaises sont de 1 383 000 hommes en comptant les morts par blessures et maladies .

 Sources imprimées.

André Corvisier, Guy Prédroncini, Histoire militaire de la France, t. 3, PUF, 1992.
Anne Dumézil, « l’année 1918 : la rupture de l’équilibre militaire »,
dossier ONAC, dans Les Chemins de mémoire. Juin 2008. N°184.
Général Valluy/ Pierre Dufourq, La première guerre mondiale, Larousse, 1968.
Georges-Henri Soutou, « 1918 : la fin de la Première Guerre mondiale ? » Revue historique des armées, 251 | 2008, [En ligne], mis en ligne le 09 juin 2008. URL : http://rha.revues.org//index288.html (Consulté le le 11 août 2008).

Ressources Internet

Le MILITARIAL Musée mémorial pour la paix. Bibliographie de la première guerre mondiale. [en ligne]. Disponible sur : http://www.lemilitarial.com/GUERRE1418/aumilitarial/bibliotheque/bibliotheque.htm http://www.lemilitarial.com/GUERRE1418/mediatheque/mediatheque.htm#top

Actes du colloque international de Carcassonne. Traces de 14-18 [en ligne]. Disponible sur : http://www.imprimerie-d3.com/actesducolloque/presentation.html . (Consulté le 14 septembre 2008)

CRID. Collectif de Recherche Internationale et de débat sur la guerre de 1914-1918 [en ligne].Disponible sur: http://www.crid1418.org/.

Textes sur la fin de la guerre 1918. [En ligne]. Disponible sur : http://hypo.ge.ch/www/cliotexte//html/1918.fin.guerre.html (consulté le 14 août 2008) 1914-1918.

Photos de guerre (site commercial) . Disponible sur : http://www.1914-1918.fr Les quatorze points Wilson. Textes sur la paix. [En ligne] disponible sur : http://hypo.ge.ch/www/cliotexte//html/wilson.sdn.html (consulté le 14 août 2008)

ANOVI (site commercial très intéressant consacré à la Grande Guerre). [En ligne] disponible sur : http://www.grande-guerre.org


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