Le monument de Saint-Parres-aux-Tertres

Publié le par Christian Lambart

 
L’actuel monument de Saint-Parres-aux-Tertres n’est pas l’original. En effet, le premier monument a été inauguré le 27 août 1922. Il portait 31 noms de 1914-1918.. Endommagé en juin 1940, il fut reconstruit dans le début de 195O. A cette occasion ont été ajoutés les 5 noms des soldats décédés durant   le second conflit mondial. En 1972, il fut déplacé vers le lieu actuel.
 
Un simple témoin de pierre.
 
 Le manque d’argent, mais aussi le choix esthétique et la volonté égalitaire expliquent la simplicité de la plupart des monuments. Les communes de France, dont Saint-Parres-aux-Tertres, ont choisi des simples stèles de pierre. Cependant l’essentiel était de glorifier les morts du village tombés pour la Patrie car la plupart des hommes étaient enterrés dans des cimetières militaires ou dans l’anonymat d’un ossuaire national. L’essentiel des monuments aux morts concerne la Grande guerre. Il y a parfois quelques exceptions. A Troyes, par exemple, le Monument des Enfants de l’Aube est dédié aux morts de la Guerre de 1870.
 
Une idée ancienne rénovée par la Grande Guerre.
 
L’idée de laisser une trace aux soldats tombés, date du XIXème siècle. Ce sont les tueries des guerres de la Révolution et de l’Empire et le développement des différents services militaires qui créent les conditions morales à l’établissement de monuments. Ainsi, l’ordonnance royale du 10 juillet 1816 autorise la Monarchie restaurée à apprécier les « services rendus à l’Etat ». Dès l’origine, l’Etat cherche à contrôler la glorification des morts et fixer les règles. Mais la Grande Guerre change la donne. Alors que la guerre n’est pas terminée, l’opinion fait connaître sa volonté.
Dès 1916, Jean Ajalbert publie un ouvrage dont le titre pose la question : « Comment glorifier les morts pour la patrie ». Enfin des associations fleurissent ayant pour but de financer des monuments commémoratifs, dont la Reconnaissance nationale. La guerre terminée, il est difficilement possible de résister à la volonté de l’opinion, tant le sacrifice de la jeunesse du pays a été important. La loi du 25 octobre 1919 sur la commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre vient poser les règles. La loi n’est pas répressive. Elle cherche surtout à encadrer et aider les communes. Cette loi sera complétée par la loi de finance du 31juillet 1920. On fixe à cette occasion une subvention principale variant de 4 à 5% de la dépense totale, en fonction du nombre de morts pour 100 habitants recensés en 1911 et une subvention complémentaire, en fonction de la richesse fiscale des communes variant de 1 à 11% de la dépense. C’est l’article 80 de la loi qui fixe les conditions d’attribution : « Les subventions accordées par l’Etat aux communes par application de l’Article 5 de la loi du 25 octobre 1919, en vue de glorifier les héros de la Guerre, seront calculées d’après les barèmes ci-après, en raison du nombre de combattants nés ou résidents dans la commune, qui sont morts pour la Patrie, comparé au nombre d’habitants de la commune déterminé par le recensement de 1911, et en raison inverse de la valeur du centime communal démographique de l’année où la subvention est accordée ». Le barème est complexe, mais si pour la commune le nombre de morts est de 5% des habitants ; ce chiffre suppose un coefficient de la subvention de l’Etat de 10% des crédits inscrits au budget. ( ce qui est le cas pour Saint-Parres-aux-Tertres ) 
 
Des règles strictes
 
Il n’est pas possible de construire un monument sans un décret l’autorisant. Trois recommandations sont faites aux communes à savoir, ne pas commencer les travaux sans autorisation, exiger des monuments simples et imposer une valeur artistique. Pour obtenir le décret, il faut remettre à la préfecture les documents de concession du terrain, les dimensions du monument et les souscriptions. Si le monument est placé en place publique, il ne doit contenir aucun insigne religieux, par contre si le monument est dans un cimetière, les communes sont libres des inscriptions. Enfin le monument est un espace symbolique et politique. Ainsi le choix de l’emplacement est soumis à un débat. Le monument est entouré d’un espace sacré, matérialisé par une grille et ouvert aux seuls anciens combattants et l’espace publique réservé à la cérémonie.
Le Préfet met en garde sur les propositions de monuments de la part des entreprises qui fournissent des devis et des maquettes identiques dans toutes les communes de France. Il y a dans l’Aube comme dans tous les départements, une commission départementale pour l’érection des monuments. Dans cette commission sont présents M. le Préfet, M. Mony, architecte, sénateur et président du conseil général, M. de Launay, Président de la Société Académique de l’Aube, M. Gris, Président de la Société artistique de l’Aube, M. Bauer, Architecte des monuments historiques à Troyes, M. Morel-Payen, bibliothécaire de la ville de Troyes, M. de la Boulaye, conservateur du musée pour la sculpture, M. Belleteste, administrateur du Petit Troyen, M. Noël Le Coutour, rédacteur en chef de la tribune de l’Aube, M. Briden, sculpteur à Troyes, M. l’archiviste départemental, M. le Maire de la commune demandant et un membre du comité d’érection.
 
A Saint-Parres
 
Le Maire Louis Boizon est autorisé à traiter de gré à gré par la délibération du Conseil Municipal du 21 mars 1921. Celle-ci est approuvée par le décret du 7 juin 1921. La commune établit un traité avec M. Henri Paris, sculpteur (33 Bd du 14 juillet à Troyes) et M. Brocart Albert, entrepreneur à Troyes, rue de Saint-Parres à Troyes.
Le monument est construit « en pierre de Brauvillers non gélive avec emmarchement et soubassement en pierre de Cérilly non gélive et semelle en ciment de Portland avec glacis et socle carré aux angles devant recevoir une grille. Sur les deux faces latérales deux plaques en marbres blancs trapézoïdales ayant pour base 0m 50 et O, 25 sur 1m25 de hauteur. Sur ces plaques seront gravés en lettre d’or de trois centimètres de hauteur pour les noms et 2 cm pour les prénoms ». A l’origine, ce coût est fixé à 7910 Francs pour le monument en pierre de Brauvillers, le soubassement en pierre de Cérilly et la semelle en ciment. Mais au total, à la réception des travaux, le prix s’élèvera à 8074,50 F. A savoir 150 F. pour le terrassement, 320 F. pour le massif de béton, 500 F. pour la semelle en ciment, 930 F. pour la pierre de Cérilly, 5670 F. pour le monument et 484,50 F. pour les inscriptions.   Le financement sera assuré par des subventions publiques et une souscription publique. La souscription fut un succès. Elle mesure l’attachement du village à cet acte de recueillement solennel. Ce qui n’est pas étonnant dans la mesure où 31 patrocliens perdirent la vie durant la Grande Guerre. Il faut rappeler qu’il y avait 581 habitants en 1911, et 599 en 1921, 813 en 1926. Véritable test d’opinion, la souscription réunit près de 112 donateurs et 10 familles. Ainsi si l’on considère qu’il s’agit des chefs de famille et principaux représentants adultes du village. Il est possible de dire que tous les habitants ont participé. Ainsi le village adhère pleinement à l’événement.
Le monument sera inauguré le 27 août 1922 en présence de M. Delassault, représentant la préfecture et de MM Israël et Berthélemot, Députés de l’Aube, des Maires du canton, du conseil municipal, des familles des soldats qui signèrent le registre des délibérations du conseil municipal.
 
 
 
 
 
La liste de souscription était publique et ouverte, elle sera même publiée dans la presse de l’époque. Pour nous aujourd’hui, c’est une façon de faire connaissance avec les habitants de Saint-Parres-aux-Tertres dans les années 1920.
Liste des souscripteurs
 
M.Berthelot, Maire
M. Boizon, Adjoint
Les conseillers municipaux, MM. Huot, Gérard, Lacaille, Gibouin, Degoisey, Cottel, Maisonneuve, Chevalier, Hugot, Croissant
Léon Lutrat, Vve Macra, M. Brouillard, Amédée Lenoir, Vve Gothlif-Finot, M. Garçonnot, Eusèbe Finot, Emma Finot, M. Ninoreille, M. Crance, M. Verdoni, Vve Novilliers, Vve Cottel, Désiré Croissant, M. Largeot, Vve Gérard, Vve Vignes, M. Mériel, Marcel Cuisin, M. Drouin, Vve Michel, Anatole Bailly, Charles Paquin, M. Roizar-Virey, M. Chevalier-Roizard, Mélina Petit, M. Barthélemy, Vve Devossuzenet, M. Berhelot, M. Vial, Jules Brocard, Edmond Vernier, Vve Han, M. Héliot, M. Cabatier, M. Virey, M. Ternoire, Mlle Bardeaux, Vve Rivière, Michel Beuve, Michel Augreau, M. Gauthier, M. Aubié, Vve Ludot-Hugot, Camille Paupe, Robert Vignes, Lucie Dauphin, André Bezin, M.Monniot, M. Maestraci, André Chevalier, Albert Brocard, M. Dautel, M. Ancel, Gustave Cottel, Jules Prévost, M. Grandjean, M. Pêcheur, M. Pochinot, M. Belleuvre, M. Dienner, M. Clergeot, Vve Garraud, Mlle Michel, M. Dechelotte, M. Chevillon, Eugène Jacquemier, Raymnd Mathieu, Clovis Charlot, Clotide Rime, Félix Bayen, Camille Cholot, Charles Maisonneuve, M. Lasneret, Paul Cressier, Emile Cressier, Marcel Cressier, Vve Dundas, Vve Berthelot, Marie Drouet, M. Annocque, M. Roudault, M. Kepplé, Vve Edme Denizot, M. Barth, M. Leclerc, M. Joffrin, M. Kandowski, Camille Bailly, M. Knaf, Paul Cosette, Emile Bourse, M. Demange, Victor Bezin, Marguerite Cottel, M. Alaphilippe, Ernest Roizard, M. Lagrange, Gaston Louet, M. Bonbon-Roizard, Vve Edouard Vignes, Charles Vignes, Prosper Chevalier, Onésime Lacaille, Alfrd Blattler, Léon Blattler, Guillaume Blattler, Joseph Blattler, M. Guichard, Mathie Fourny, M. Ambroise, Gabriel Gothlif, A. Brunner, M. Kaufmann, Vve Gothlif-Gruat, Alcide Millet, Vve Millet, M. Cheusses, Vve Drujon, Vve Devanlay, Emile Piot, M. Gublin, M. Lebarse, Maurice Bonbon, Eugène Colson, M. Chrétien, M. Grenouillet, Camille Roger, Gustave Lenoir, M. Perret-Cuisin, Vve Harlot-Charton, M. Faye, M. Albert-Maisonneuve, Jules Costel, Calille Juif, Vve Degoisey-Costel, M. Drion et Costias, M. Croissant-Henriot, M. Harlot, M. Ottermatte, M. Bourbon-Bersin, Albert Carré, Anastase Millard, Gustave Lacaille, Gabrielle, Lignée, M. Gaillard, M. Collin-Roger, M. Robin-Oudinet, Philippe Beuve, Vve Dautel, Lucien Bonnemain, Victor et Emile Chevalier, M. Pulin-Dupont, M. Batier, César Croset, Vve Chapron, M. Muzart, Arthur Jacquemin, M. Petit-Chapron, Vve Roger-Tissut, Clémence Muller, Maurice Martin, Marie Leveau, M. Goussard, Cécile Degoisey, M. Bayen-Perin, Vve Gibouin, Arthur Denizot, A. Thierrot, M. Variat, Georges Petit, M. Petit-Hugot, Anatole Broué, Arcade Roblin, Louise Charney, M. Matise, M. Croissant-zémilier, Vve Vazart, Alphonse Martin, Alix Louet, Vve Sauge-Merle, Vve Foin, Armand Bonnet, Vve Jacquemeir, Emile Margerie, M. Dupont, Maurice Ganne, Modeste Croissant, Arthur Croissant, Camille Jouval, Suzanne Sinnes, M. Naslot, M. Bricard-Petit, Vve Partiot, Vve Henriot, Vve Finot, M. Cerceau, M. Philippon-Chapron,
 
 Mariage         
Louet Petit-Chapron
Lasnier Michel
Goussar Leveau
Hugot Bergère
Collin Vaillant
Harlot Garraud
Dutruille Vignes
Gouelle Lenoir
Bertheir Bardeaux
Grance Lutrat
 
??Collin Dundas
??Philippon Chapron
Réunion de Famille Jonckère
Et une collecte après élection.
 
 
 
 
 
Sources
 
Pierre Nora, les lieux de mémoires
Archives municipales de Saint-Parres-aux-Tertres, M 1
Délibérations du Conseil Municipal, mars 1921/1922
 
 
 
 
Christian Lambart
Vice président
Association pour le patrimoine de SAINT-PARRES-AUX-TERTRES
 
 
 
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