La croix des cosaques

Publié le par Christian Lambart

 

Saint Parres aux Tertres est célèbre pour ses croix, mais celle qui marque l’entrée de notre petite cité est incontestablement la Croix des Cosaques.

Un monument porte toujours plusieurs mémoires. Il y a toujours une origine religieuse ou légendaire, mais également s’attache au lieu des évènements, des souvenirs qui finissent par embrouiller l’histoire réelle. C’est donc un lieu de mémoire qui finit par s’identifier à toutes les générations.

 

 

 

La Croix de Saint-Parres aux Tertres appartient au patrimoine de notre petite cité. Son récent déplacement est l’occasion de rappeler quelques aspects de son histoire. Celle-ci appartient à une histoire qui associe le village de Saint Parres à la ville de Troyes. Selon l’Abbé Mazué, la croix de Saint Parres se dresse à l’origine entre quatre tilleuls. Le lieu correspondrait à la première habitation de Saint Patrocle près de Foicy. Mais la croix date d’une époque plus récente. Ainsi nous savons grâce à une lettre datant de 1953 et adressée  à l’Abbé Mazué que la Croix date de la fin du XIXème siècle. Suite à un article paru dans l’Est-Eclair en 1953, un homme relate son histoire et raconte :

 

 

 

 « … Celle située entre la Seine et la petite route de Foicy en particulier ma rappeler des souvenirs de jeunesse car j’ai participé à l’érection de cette Croix.

Je ne me souviens plus exactement en quelle année mais je pouvais avoir à peu près 17 ans à cette époque. Je terminais mes études au Collège Saint Bernard à Saint André près de Troyes, école dirigée par les Oblats de Saint François de Sales. Le domaine de Foicy leur appartenait et nous y allions souvent en promenade et l’été à la baignade.

 

 

 

Quelques uns de mes camarades et moi étions amis intimes avec un certain M. Paul Denis, ancien élève des Beaux Arts, Architecte et homme de confiance du R.P. Brisson, fondateur et supérieur général de la Congrégation des Oblats.

 

 

 

Ce Monsieur nous fit part un jour de son intention d’entreprendre des recherches pour se rendre compte s’il était exact, comme certains habitants du village l’affirmaient, qu’un grand nombre de Troyens décédés par suite d’une épidémie de choléra en 1814, avaient été inhumés dans ce champ proche de la Seine et de la route et proposa de l’aider dans cette entreprise pendant les vacances.

 

 

 

Nous acceptâmes avec enthousiasme d’autant plus que les personnes les plus âgées de Saint Parres que nous avions questionnées, nous avaient dit que des soldats Russes tués dans la bataille livrée à proximité et en particulier un général avec son uniforme et ses armes reposaient en cet endroit le long de la Seine.

 

 

 

Aidés par quelques ouvriers, nous avons donc ouvert des tranchées. Le long de la Seine nous ne trouvâmes absolument rien, ni le long de la petite route.

 

 

 

Ce n’est que vers le milieu du terrain que les premiers ossements furent découverts non pas recouverts de quelques pouces de terre comme le dit le journal, mais bien à O,80 à 1 m de profondeur. Nous en retirâmes des quantités, ce qui confirmait bien les renseignements que, nous avions recueillis.

 

 

 

Ce que nous trouvâmes de plus intéressant fut un squelette d’un véritable géant qui devait être jeune à en juger par ses 32 dents absolument intactes. La conformation de son crâne étroit et haut ne pouvait laisser aucun doute sur son origine slave.

 

 

 

Au fur et à mesure de leur exhumation, nous transportions les ossements  au domaine de Foicy dans un ancien pigeonnier.

 

 

 

Au bout de quelques jours, voyant que nous ne trouvions ni armes ni vestiges d’uniformes, nous jugeâmes inutile de poursuivre plus avant notre travail.

 

 

 

M. Denis fit creuser une fosse au milieu du champ et nous y ramenâmes tous les ossements que nous avions réunis à Foicy.

 

 

 

Quelques mois plus tard furent érigés le petit monument et la Croix. Si mes souvenirs sont exacts, les noms de ceux qui ont participé à ces recherches sont inscrits sur une feuille de papier déposé avec quelques pièces de monnaie dans les fondations. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur de cette lettre, Etienne Leclerc, affirme avoir à l’époque 74 ans. Il est donc né en 1879 comme il avait environ 17 ans. On peut situer la création de la Croix à la date de 1896.

 

 

 

Si la Croix est récente, il est vrai que l’emplacement n’est pas lié au hasard. En effet,  la ville de Troyes avait connu dans les difficiles années de la fin du Premier empire une double occupation en 1814 et en 1815. Cette occupation fut accompagnée d’une épidémie de Choléra et la surmortalité avait obligé les édiles troyens à « créer » des cimetières annexes. Il semble que cela soit le cimetière du Faubourg St Jacques qui fut ainsi « délesté » à cet endroit.

Quant au nom des cosaques, d’autres sources rappellent qu’un détachement de Cosaques avait bivouaqué près du pont, afin probablement de le défendre. Il faut savoir qu’à l’époque, les stratèges estimaient que les hauteurs de St Parres étaient un danger pour ceux qui voulaient défendre la ville de Troyes. Ainsi, tenir le pont était vital.

 

 

 

 Quant à la grille de la croix, il semble que ce soit l’Abbé Mazué, lui-même qui l’installa en utilisant une vieille balustrade de fer de l’Eglise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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