Madame Jeanne

Publié le par Christian Lambart

 

 

 Nombre d’entre nous le savons, mais les plus jeunes et les nouveaux habitants apprendront avec satisfaction que notre commune abrita une femme qui peut reçu le titre de juste parmi les nations pour son action pendant cette cruelle période. L’association du patrimoine, dont la fonction est d’œuvrer sur le passé de notre commune, tient à le rappeler.  Il s’agit de Jeanne Roth, né Schwartz dit Madame Jeanne. (1907-1991).

 

C’est une infirmière bénévole qui reçu, le 17 octobre 1975, la médaille des Justes d’Israël. Jeanne Schwartz était une simple bonnetière  aux établissements Gilliers.

En 1940, elle se porte volontaire pour être infirmière bénévole à la Croix Rouge. Elle assure des surveillance de nuit à l’hôpital de Troyes, alors que le jour, elle continue à travailler à l’usine. Les prisonniers de guerre blessés lui donnent son surnom de Madame Jeanne. Très tôt, comme Mlle Planas, elle fut interdite à l’hôpital des Jacobins par les autorités allemandes. Il apparaît qu’elle aidait des prisonniers de guerre à s’évader mais le fait n’est pas clairement établi. Il n’en reste pas moins que les occupants l’ont cru et qu’elle fut arrêtée en 1941. Elle réussit grâce à une grève de la faim à être libérée.

En tout état de cause, elle se prend d’affection par un jeune soldat juif autrichien engagé dans l’armée française. Celui-ci Norbert Roth di Dachs deviendra son mari. Elle obtient son transfert au Val de grâce et entre en contact avec sa famille. Entre 1943 et 1945, elle réside à Paris et continue son activité d’infirmière. Elle obtient des faux papiers pour ses cousines et progressivement plusieurs familles juives lui sont redevable. Elle parvient même à obtenir des papiers allemands pour l’épouse du grand Rabbin de Vienne ?  

Elle rédigea des cahiers où elle raconte d’une manière sobre ses réussites et ses échecs. Elle relate ainsi son arrivée à l’hôpital devenu allemand : « …Je me heurtai, à l’hôpital, à une sentinelle allemande qui, voyant l’uniforme, me laissa passer. Je rencontrai un infirmier, mais hélas, c’était un allemand, et malgré sa bonne tête réjouie, je ne puis lui faire dire un mot. Je demandai alors le docteur…  Quand j’aperçus nos habits kakis, je poussai un soupir… C’étaient des nôtres qui étaient ici ! Et avec quelle joie ils accueillirent la première française qui se présentait ! Le docteur ne savait pas le Français. Je fus introduite par l’interprète et me présentai :

 

 

 

 

-          Professeur Lupp, Autrichien

 

 

 

 

-          Madame Schwartz

 

 

 

 

-          Vous désirez ?

 

 

 

 

-          J’étais infirmière ici durant la première partie de la guerre et je viens voir si on a besoin de moi.

 

 

 

 

-          Le professeur Lupp me scruta du regard. C’était un très bel homme, au visage intelligent, très brun, au front largement découvert.

 

 

 

 

-          Il y a de grands malades… un mourrant. Il faut une maman auprès d’eux. Venez demain.

 

 

 

 

Enfin elle décrit calmement et simplement son action : « …37ans se sont écoulés durant lesquels je n’ai pas rouvert ses cahiers ; que d’évènements pourtant ! La fin de la guerre pendant laquelle j’ai caché des gens sous mon nom à Saint Mandé ; procuré des cartes d’alimentation…d’identité aussi avec la complicité d’une secrétaire de mairie de Lorraine… essayé de conduire en zone libre toute une famille d’israélites : j’avais une filière en transitant par Chagny, mais arrivés là, le garagiste qui devait me mettre en rapport avec les « passeurs » venait d’être arrêté par les Allemands.

 

 

 

 

Mais également, elle témoigne sur des évènements qu’elle a vu. Ainsi elle évoque les fusillés de Creney, la déroute allemande et leur traversée de Saint-Parres, les bombardements et même ses efforts à l’époque pour soigner des …Allemands blessés. Une femme incroyable dont les valeurs humanistes et chrétienne étaient au dessus de ses propres ressentiments. Pas une résistante au sens commun du terme, mais une grande dame : une Juste.  Titre qui lui fut donné en 1975.

 

collection privée

 

 

 

 

 

 

Le titre de Juste parmi les Nations  est donné par l’Etat israélien depuis les années 1950. Une loi fut voté par le parlement israélien. Cette loi considérait  que le devoir des Juifs   était d’honorer ceux qui les ont aidés. Une commission (Yad Vashem) composée d’historiens et de juristes recherche et attribue cette distinction honorifique. Un dictionnaire des Juste a été rédigé aujourd’hui.

                              

Sources : Isreal Guttman, dictionnaire des Justes de France, Yad Vashem, Jérusalem, Fayard, Paris, 2003, 596 p.

Archives départementales de l’Aube, 310w17, correspondance avec les autorités allemandes.

 

 

 

 

 

 

 

A partir de documents personnels appartenant à Yvon Grammont. Dossier personnel constitué à partir de documents Est Eclair, le 23 mars 1994 et prêtés.

 

 

 

 

 

 

Christian Lambart et Yvon Grammont

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