Identité nationale… je supprime, tu supprimes, il supprime l’histoire…

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Les fondateurs de la IIIème République ont dans leur grande sagesse proclamé l’école laïque et obligatoire. Ce faisant, ils ont installé durablement la République dans le paysage politique français. L’identité nationale s’est forgée grâce aux Hussards noirs de la République à coup de leçons d’histoire, de géographie, de grammaire, de lecture dirigée. Les valeurs de la République sont devenues constitutives de la Nation française. La République fondée sur l’héritage de la révolution de 1789, , les républicains, fidèles aux idéaux des Lumières, ajoutent aux principes de la Déclaration des droits de l’homme (souveraineté de la nation, liberté, égalité, fraternité) de nouvelles exigences, comme l’instruction pour tous et l’ascension sociale par le mérite. C’est la grande œuvre, le cadeau à l’histoire nationale que tous ces instituteurs donnèrent à notre pays. La réussite fut totale. La République était une et indivisible et de la Corse à la Bretagne, de la Normandie à l’Aquitaine, une même loi pour tous. La France dispose d’un message universel et tout le monde le sait, même ceux qui le contestent.

C’est pour cela qu’au moment où l’Etat lance un débat sur l’identité nationale, (faux débat, dangereux, que tous les sociologues désapprouvent. La vraie question est que chacun trouve son identité dans notre pays, ne se sente pas exclu, et que l'on se rejoigne dans les valeurs républicaines et démocratiques), il se contredit en invoquant l’idée de la suppression de l’histoire en classe de S.

Pourquoi nous avoir fait lire la lettre de Guy Moquet ? Pourquoi les discours chargés de références historiques de M. Guaino, pourquoi ce débat sur l’identité nationale où l’on fera nécessairement appel aux historiens, que devra t-on faire, dire encore, doit-on limiter notre identité à des quotas, a des mesures bureaucratiques visant à limiter les migrants ? Est-ce comme cela qu’il faut lutter contre les communautarismes, pourquoi ne pas chercher à expliquer que les valeurs de la République sont porteuses de liberté et qu’introduire en France des valeurs contraires à celles-ci, c’est détruire la liberté qu’on est venue y chercher. Mais pour cela, il faut un éclairage historique. Les vraies raisons de ce retour communautarisme ne sont pas justement les ruptures de la Mémoire, la violence du libéralisme et la fin des acquis du Conseil National de la Résistance qui donnèrent à la République son caractère social.

Alors qu’en France, l’identité nationale reste forgée par une histoire commune. Les élèves scientifiques ne doivent pas recevoir une éducation citoyenne, ni même une se former aux différents raisonnements des sciences humaines. A quand la Philosophie ? Et pourquoi pas les mathématiques ? Sont-elles vraiment nécessaires (au sens de ce qui est utile) dans tous les domaines scientifiques ? D’ailleurs nombre d’enseignants en mathématiques affirment que le niveau a baissé…Non soyons sérieux ! Alors qu’aujourd’hui on songe à réintroduire de la Culture générale dans certains grands cursus universitaire. On ne peut créer le déséquilibre de la formation de nos jeunes. Combien d’élèves de série S ne feront pas d’études scientifiques ? Faisons le compte.

Que dire encore de l’enseignement du latin, du grec, des langues régionales, de l’éducation civique, de la musique, etc., etc. ?

Certes notre pays, comme tout l’occident, doit relever le défi d’une éducation globale, de masse. Certes les coûts deviennent de plus en plus exorbitants, les défis énormes et il faudra trouver des solutions. Nous devrons prendre en compte la gestion de l’hétérogénéité : s’interroger sur les leviers politiques qui permettent de gérer les différences scolaires apparues avec la massification de l’enseignement secondaire. Déjà le sociologue US Turner (1960) expose la simultanéité de deux modèles (idéal-type) de mobilité sociale ascendante qui se traduisent par des organisations scolaires différentes : « mobilité par compétition » ou « mobilité par parrainage ». C’est la production d’un large vivier évolutif d’élèves talentueux (« mobilité de compétition ») ou une sélection malthusienne (« mobilité de parrainage »). Il faudra gérer la durée réelle du tronc commun, les politiques de redoublement, la constitution de groupes de niveau scolaire, l’enseignement individualisé, et avoir une tolérance (ou gérer autrement) les abandons scolaires (recours à la « gestion par l’échec scolaire ») ; Plusieurs défis se posent à l’enseignement d’aujourd’hui. Il faudra faire des choix ! Faire des économies, baisser les niveaux (peut-être), repenser le baccalauréat (surement). Des pays plus puissants que le notre ont des systèmes éducatifs moins contraignants. Il n’y a pas de réponses toutes faites. Le vrai débat est là ! Quelles sont les savoirs nécessaires pour l’éducation du futur comme le dirait Edgar Morin, mais ce n’est pas en supprimant que l’on trouvera la solution.

Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non. (Pierre Desproges) Oups…

Publié dans Humeur

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