IDENTITE NATIONALE… OU LA MORT PROGRAMMEE DE LA REPUBLIQUE ?

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A l’initiative du ministère de l’immigration, un débat sur l’identité nationale vient de s’ouvrir. Par reflexe, j’ouvre un dictionnaire et m’en vais « surfer » sur le Web. Ainsi une réflexion personnelle s’engage, des idées et surtout beaucoup de questions me parcourent l’esprit.

Revenons à mon dictionnaire… identité : « caractère de ce qui est identique », si l’on tape sur un moteur de recherche le mot identité, on tombe sur une série de différentiations du mot, à savoir identité personnelle, sociale, culturelle. Une multiplicité de mots dont le sens ramène à une réalité unique et différente à la fois.

Nationale, maintenant : « qui a pour objet une nation, celle à laquelle on appartient… ». Même exercice sur un moteur de recherche : on tombe sur le site du Front national… Oups

Ce qui m’interpelle, c’est l’origine du débat. A chaque fois que l’Etat a lancé ce genre de débat, c’est pour tenter d’incarner l’idée de Nation dans un homme ou un principe.  Il me semble que ce genre d’attitude appartient à un passé aux relents nauséabonds, souvent lié à une situation de crise, de défaites et d’échecs… que ce soit le mythe du sauveur, incarnant la Nation (ou la recherche d’une Révolution nationale).  Il faut dire que souvent l’idée nationale a été pervertie au profit  du mythe du Sauveur… La France est-elle aujourd’hui un pays qui doute de lui-même ? Qui a peur? Qui  ne s’aime pas ? Faut-il lui trouver un nouveau sauveur ?

Une autre de mes inquiétudes, c’est que ce débat finisse par une loi… comme on sait  bien le faire dans ce pays, enfin annoncer le début d’une nouvelle loi à chaque fois qu’il y a un problème. Mais là ou je me pose des questions c’est que, en théorie,  la pédagogie du débat doit partir de la racine latine ou grecque, signifiant clairement un affrontement. Ensuite, il faut relier (lier les intelligences), c’est-à-dire gérer les différences, maintenir la paix, inciter au dialogue, écouter, ne pas exclure et éviter l’exclusion volontaire d’un nouveau groupe. Au terme d’un débat, un sens peut prendre corps et, un des aspects de la vérité, émerger. Il y a donc une vérité qui doit apparaître sur l’identité nationale. Or pour moi, l’identité ne se décrète pas… elle est !

 L’identité n’est pas une, pour une Nation, comme pour un homme, elle est multiple. L’identité c’est la vie et celle-ci est rencontre, affrontement et côtoiement. Si ce débat s’organise en contre feu des inquiétudes liées à l’immigration nous risquons de créer des concepts d’autodéfense qui ne serviront qu’à attiser la haine, la colère. Il me semble que le débat devrait porter sur la transmission de la culture, du langage, de notre mémoire. Nous sommes responsables de notre destin, de ce que nous devenons.

La Nation française en a vu d’autres. Les grandes invasions, les colonisations successives, aujourd’hui l’immigration. Aussi, ne se trompe-t-on pas sur la nature du problème ? Le vrai danger n’est pas la mise en contact avec d’autres peuples. La France n’a fait que cela durant son histoire. Ce qui m’apparaît comme  pernicieux, c’est plutôt le déferlement de la culture marchande, de la vérité des gestionnaires qui ne s’accommode pas de la conscience, de l’expérience, du savoir et de tout ce qui donne du sens en dehors de la consommation. Par exemple, simplement, l’ouverture des magasins le dimanche  me paraît, à moi simple citoyen, un danger pour notre identité, notre culture. Si la société française se sent en danger, c’est que ses propres instruments de transmission sont en panne et que les élites trahissent les idéaux, que les référents n’en sont plus. Que le libéralisme domine sans frein.

Autre question… si le travail se fait et sérieusement. On s’apercevra vite que l’identité française commence avec la naissance de la Nation France et que les références sont multiples.

Où commencer alors ?

Les Gaulois, les Gallo romains, qui se plaindra de la conquête romaine ? La culture gauloise a fusionné pour créer une gaulle romaine riche et passionnante, alors où doit-on poser notre identité… Charlemagne, il était plus franc que français… Jeanne d’Arc peut-être ?  Au Moyen âge, la dimension chrétienne, la fidélité à la maison princière l’emportaient sur le reste. Etc. etc.

Rien de tout cela car  notre histoire est le fruit d’au moins 2000 ans de contacts, de références, de combats, de contradictions. C’est la rencontre, la guerre, l’échange qui ont fait la France. Notre identité n’a jamais été menacée, bien au contraire renforcée et notre pays a toujours rebondi malgré les changements de régime successifs. La Révolution française, elle-même, a trouvé dans le jacobinisme le moyen de rester l’héritière de la centralisation monarchique. L’Empire, le Second Empire tentèrent de simplifier le problème en l’incarnant dans un sauveur condamné à la victoire et qui fit long feu à Sedan en 1870. La République a posé dans les universelles valeurs des lumières son avenir, notre identité… Elles sont graves et solides. Laïcité, Egalité devant la Loi, Liberté, Droits de l’homme et tolérance. Les valeurs de la République protègent l’ensemble des Français et leur assurent les libertés fondamentales. Même la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, pourtant présentée par certains comme un élément de combat contre l’Eglise, protège en définitive l’Eglise contre elle-même et ses ennemis. Merveilleuse République. La République a toujours su pratiquer le compromis. En 1914, au moment du sacrifice, les Poilus ont tenu et n’ont pas trahis. Non !

 Par contre en 1940, alors que la défaite a amené certains esprits aigris à vouloir redéfinir la Nation par la Révolution nationale. Que d’erreurs, de trahisons, d’échecs.

Aujourd’hui, nous devons nous tourner vers l’avenir et donner à nos citoyens la conscience de leur héritage, de leur culture et surtout de leur devenir. La France se définira d’elle-même, car ce droit lui appartient. Définir par avance une vérité, c’est ouvrir la voie de la catastrophe. La République française a une vocation universelle incompatible avec une identité nationale. En fait, la République, il me semblait qu’elle se définissait d’elle-même. Héritage et projet, porté par des valeurs véhiculées par des milliers d’enseignants dans les cours d’ECJS et d’instruction civique, par des milliers d’associations citoyennes, des millions de militants. Elle se projette indistinctement dans le passé et le futur. Les deux axes sont équivalents. Les fondamentaux de la République suffisent à la France, à condition d’être respectés. Or les exemples d’attitudes « clivantes » et contradictoires se succèdent depuis quelque temps. On a eu le bouclier fiscal, en contradiction avec le principe d’équité, on a eu une ministre de la Justice qui parlait de bon sens au sujet de la mise en prison d’enfant de 10 ans, on a eu les tentatives de test ADN, un député qui veut mettre les écrivains aux ordres etc, etc. Pour rénover l’identité nationale, je propose de commencer par balayer…

Encore une question… Dans un espace public, il y plusieurs légitimités qui s’opposent et l’échange produit de la culture et des représentations. Il faudra donc scléroser et considérer une unité, une vérité, une idéologie. Franchement ? je ne vois pas comment on va faire, moi il me semblait qu’accepter l’idée d’apprendre des autres, que préparer les citoyens du futur et non leur faire réciter une leçon appropriée et consensuelle étaient efficaces pour un peuple libre. Certes, il ne faut pas refuser le débat, mais le fait que l’Etat l’organise nous fait prendre le risque d’une vérité officielle, se fermant à la réalité et surtout à provoquer le rejet. Une société qui ne peut plus affronter la vérité finit pas se fermer définitivement et mourir…

 

L’espèce n’a jamais été une, nous n’avons jamais parlé la même langue, mangé les mêmes aliments, inventé les mêmes Dieux, racontés les mêmes légendes. L’unité fondamentale n’existe pas, c’est un mythe. Nous ne sommes que les lieux, les cultures, les senteurs, les saveurs que nous avons traversés et qui s’ouvrent à nous.  Nous sommes une construction en perpétuel inachèvement. Nous sommes les seuls artisans. Chaque rencontre, chaque nouveauté apporte sa pierre. Le vrai danger, c’est l’éclatement des mémoires, la rupture des mémoires et la responsabilité en incombe à une société de consommation transformant les citoyens en zombies de l’achat, détruisant la planète. Le vrai danger, c’est ce qui accroit les inégalités. C’est l’inquiétude de l’avenir.

A titre personnel…puisqu’un débat s’ouvre. Je pense que la cohésion nationale dépend de notre rayonnement culturel et vice et versa.  Nous avons déjà de puissants référents identitaires dont il faut prendre acte. En France, il faut faire la synthèse entre le socialisme, le gaullisme national, le christianisme social et la notion Républicaine de progrès. Il nous faut des élites qui montrent l’exemple.

Cependant en France, la tradition et la culture révolutionnaire font qu’il n’y a pas réellement de place pour le  compromis. Alors le risque est de produire un dérivé dangereux pour notre démocratie, pour notre pays et pour ceux qui entrent en contact avec nous.

La République, identité, en elle-même, ne risque-t-elle pas d’y perdre son âme ; son lien avec la Nation réelle ? Car définir une identité, c’est poser fatalement des limites et ainsi mettre fin à l’universalité des principes républicains. Il faudra aussi donner des justifications, figer et mettre fin aux projets d’avenir républicain.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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