L'Europe : le défi de la diversité (1)

Publié le par Christian Lambart


« L’Europe, à cet égard, est un laboratoire intéressant, car aucun pays n’est en position hégémonique. Il existe entre ses membres de fortes disparités juridiques, mais aussi politiques, économiques, culturelles, démographiques aussi, surtout quand on pense à la Russie ou à la Turquie, qui font déjà partie du Conseil de l’Europe. Il ne faut pas oublier que l’Europe ne se limite pas à l’Union des 25 [devenue 27 en 2007]. Construite à la fois autour du marché et des droits de l’homme, cette Europe bipolaire permet de tester la complexité du droit, y compris à travers les erreurs à ne pas commettre. »

(Extrait de l’article consacré à Mireille Delmas-Marty par le philosophe Roger-Pol Droit)



 

Une histoire longue et complexe

Le nom vient de l’antiquité. Il s’agit du mythe de l’Europe. Zeus se transforme en taureau pour séduire et enlever la nymphe Europe. Ce rapt symbolise la jonction entre l’Orient et l’Occident. De très loin, l’identité européenne pose question. On parle d’Europe à partir de 395 au moment de l’atomisation de l’Europe latine. Cependant l’Empire romain d’Orient de langue Grec perdure jusqu’en 1453. Un nouveau dualisme s’impose en 1054 avec le grand schisme. A partir de cette date, on peut évoquer une double identité religieuse et historique. Mais l’histoire ne suffit pas. Sur le plan géographique, c’est un cap de l’Asie limité au sud par la Méditerranée, la Mer noire et l’Adriatique, au Nord par la Baltique, la Mer du nord et l’Océan arctique et à l’Ouest par l’Océan atlantique. Les limites sont conventionnelles (Oural, Caucase) et furent imposées par le Tsar Pierre le grand soucieux d’une intégration de son pays dans le concert des grandes puissances. On se trouve confronté à un espace culturel et historique plus que géographique. Plusieurs strates de cultures se superposent et s’imposent en une longue suite de fractures. La chute de l’empire romain, le grand Schisme de 1054, la Renaissance et les guerres de religion, les suicides collectifs des deux guerres mondiales. Ainsi se superposent

• Le Christianisme et ses trois composantes.
• L’humanisme des XVe et XVIe siècles.
• L’esprit des lumières et ses valeurs universelles
• L’Islam • Les Révolutions industrielles
• Les Guerres mondiales

On distingue au bas mot, trois Europe fondées sur des composantes de civilisation religieuses, linguistiques et culturelles. Sans compter la possible analyse de géographie physique qui définit des espaces multiples (Europe balkanique, Europe alpine, Europe hercynienne, Europe baltique, Europe du Nord Ouest).

L’Europe c’est aussi un destin.

Il n’y a pas d’unité perdue, aucun principe fondateur, ni même de Héros purement européen. Elle intègre tous les contraires : Liberté et tyrannie, Chrétienté et laïcité, droit et arbitraire. Les Etats-Nations se sont tous plus ou moins affrontés. La France, elle-même, a dans son histoire fait la guerre a peu près à tout le monde. Le christianisme n’est pas forcément un processus européen. Le Christianisme est une religion proche-orientale. Saint-Augustin était Africain. Rome reposait sur les deux rives de la Méditerranée. On peut même aller plus loin, c’est l’Islam qui en chassant le christianisme la repoussée hors d’Europe. Ainsi la date de 732 devient un symbole et les croisades sont des reconquêtes.

L’Europe ne peut trouver sa justification qu’en elle-même. Elle est un FAIT, une histoire et non un droit, contrairement aux Etats-Nations qui disposent toujours d’un mythe des origines. Elle s’inscrit dans la durée, à savoir une succession, une multiplicité de compénétration, et ou, sans le savoir vraiment, chaque élément est solidaire de l’autre. Elle existe selon un principe de récursivité, c'est-à-dire qu’elle s’explique par elle-même et dans le mouvement. Cependant son cheminement a forgé des moteurs qui ont pris une valeur universelle. C’est la Démocratie, le Socialisme, le Capitalisme tous accélérateurs généreux de l’histoire, mais aussi porteurs de grands désastres sans la présence d’un projet humaniste permettant la distance entre la Raison et la réalité humaine.

L’Europe a aussi engendré des contraires, ainsi source du droit, elle a fait régner l’arbitraire et source des droits de l’homme, elle a inventé le racisme. C’est une culture polycentrique condamnée à la conflictualité et à trouver des synthèses pour survivre. Aujourd’hui sur une terre devenue un VILLAGE, l’Europe doit marcher vers une nouvelle renaissance et intégrer des valeurs extérieures. Mais ceci n’est pas simple pour le 3ème grand foyer de peuplement de la planète, dont l’extension correspond de longues dates à l’aire d’extension du blé. Les difficultés sont importantes pour un continent très tôt urbanisé et composé de 47 Etats différents par la taille et le poids.

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